“Une catastrophe” : la librairie d'occasion fragilisée par la crise sanitaire

Antoine Oury - 05.06.2020

Reportage - livres occasion - marche occasion covid - librairies occasion deconfinement


Particulièrement mise en avant et évoquée pendant le confinement, la vente de livres neufs aura occulté un autre marché cher aux cœurs des lecteurs, celui de l'occasion. Pourtant, les librairies spécialisées dans les livres de seconde main sortent particulièrement fragilisées de la crise sanitaire, quand des plateformes internet, elles, auront pu profiter de la période.

Librairie Boulinier - Paris


« Il ne faudrait pas que cela dure, c'est certain. » Sylviane Lamerant, fondatrice et responsable de la librairie d'occasion Memoranda, véritable institution à Caen, ne cache pas son inquiétude. Après les semaines de fermeture du confinement et une première journée de réouverture, le 11 mai, « très bonne », la librairie « vivote », selon les termes de la gérante.

Pour les librairies d'occasion, qui travaillent avec des articles vendus à bas prix, la fermeture des locaux aura dans bien des cas été un véritable coup d'arrêt à l'activité, plus violent encore que pour les librairies vendant du livre neuf. « La présence physique est très importante pour une librairie d'occasion : les gens fouillent, on discute, on oriente les demandes, en passant des sciences humaines au voyage puis à la littérature », souligne Sylviane Lamerant.

Pendant le confinement, Memoranda n'a pas maintenu son activité, avec l'ensemble de l'effectif mis au chômage partiel : « Dans l'occasion, il est difficile de satisfaire les lecteurs si le stock n'est pas maintenu avec un flux constant d'achats et de reventes de livres », explique la fondatrice de la librairie. « J'ai répondu aux demandes individuelles de certains clients, mais je n'avais pas la marchandise pour les satisfaire : certains voulaient relire Proust, mais je n'avais pas assez d'exemplaires en stock. »

Depuis le 11 mai, la librairie a rouvert ses portes : très grande (environ 200 mètres carrés), elle permet la circulation des clients dans le respect de la distanciation sociale, et les libraires distribuent des masques aux clients qui n'en portent pas en arrivant. Avec le gel et des visières pour les libraires, l'aménagement est revenu à 200 € à l'enseigne. « Pour le reste, les livres ont été confinés deux mois, une bonne quarantaine, et nous limitons les achats aux petites quantités, pour l'instant, en nettoyant ou en plaçant en quarantaine les ouvrages. Mais nous comptons aussi sur les clients pour ne pas nous apporter des ouvrages s'il y a eu un malade chez eux. »

Outre la fermeture de la librairie, le confinement aura eu pour effet d'exiler une part importante de la clientèle de la librairie : « À Caen, on compte 30.000 étudiants, qui pour la plupart sont repartis chez eux, sans oublier les professeurs des grandes écoles des alentours. Dans la ville, cela fait beaucoup moins de monde. » La période estivale, importante pour la librairie en raison des visites de touristes et d'étudiants étrangers, s'annonce aussi difficile.

« Nous aurons peut-être plus de touristes français, mais l'absence de ventes pendant deux mois reste catastrophique », témoigne Sylviane Lamerant. « J'ai contracté un emprunt garanti par l'État pour payer les charges sociales, les assurances et régler les différentes factures, pour éviter un effet boule de neige, mais le remboursement dépendra du chiffre d'affaires. » Le remboursement de ce prêt commencera dans un an, avec un nombre d'échéances laissé au choix du souscripteur : la fondatrice de Memoranda espère « un taux qui ne soit pas trop élevé ». Pour l'instant, sur les 4 salariés à plein temps de la librairie, 2 restent au chômage partiel, avec un relais organisé.
 

Le numérique pour poursuivre l'activité


Du côté des chaines de librairies spécialisées dans l'occasion, l'activité s'est logiquement reportée sur les solutions en ligne lors du confinement. Le groupe Gibert, qui possède une trentaine de librairies en France — et dont plusieurs établissements sont menacés de fermeture —, a maintenu l'activité de vente de livres neufs et d'occasion via son site web pendant le confinement.

« Les activités de vente Gibert.com et de rachat de l’application Gibert “Je vends” dépendent toutes deux de nos entrepôts de logistique. Afin que l’activité de vente continue pendant cette période, nous avons travaillé avec des équipes réduites, en mettant en place toutes les mesures nécessaires validées en CSE afin que nos collaborateurs soient protégés durant cette période », nous explique-t-on. 

Gibert Joseph


Pour la vente de livres d'occasion, donc, pas vraiment d'arrêt, surtout face à la multiplication de la vente en ligne par des plateformes, tant françaises (Fnac, RecycLivre...) qu'étrangères (Amazon, Momox...). « Le temps de mettre en place les mesures sanitaires, nous avons décidé de notre côté de mettre en avant notre offre de livres numériques, qui, sans surprise, a très bien fonctionné. Une fois les mesures mises en place, nous avons rouvert l’activité traditionnelle eCommerce (neuf et occasion) début avril. Cette réactivation de l’activité eCommerce traditionnelle s’est accompagnée de résultats proches de nos chiffres habituels », indiquent les services du groupe Gibert.

S'il reste difficile d'obtenir des informations sur les ventes de ces différentes plateformes, eBay assure que les Français ont continué à vendre des livres, massivement, pendant le confinement. Et le retour de la plateforme Cdiscount sur le créneau de la vente et du rachat de livres d'occasion en dit long sur les échanges de ce type réalisés pendant le confinement.

Toutefois, même les grandes plateformes pratiquant le rachat, comme Gibert ou Momox, ont dû s'arrêter un moment : « Le rachat en magasin et le rachat via notre application a été stoppé [au moment du confinement, NdR]. En effet, pour ce service, nous dépendons à la fois des points relais et de nos dépôts-colis magasins », nous précise-t-on chez Gibert. « Les magasins et les points relais étant fermés, nous n’avons pas été en mesure de continuer à proposer cette activité. Elle a cependant repris depuis le 11 mai, uniquement via l’application pour l’instant [...] pour des raisons sanitaires et de mise en place de protocoles visant à rassurer nos collaborateurs. »
 

L'échange entre particuliers interrompu


La circulation des livres ne suppose pas nécessairement une économie, ou un marché : les outils numériques permettent depuis plusieurs années d'échanger, de donner ou de prêter plus simplement des livres avec d'autres particuliers, en dehors de tout cadre marchand.

L'application Livres de Proches fait partie de ces outils : « Dès le début du confinement, nous avons suspendu la fonctionnalité principale de Livres de Proches : le prêt de livres. Il n’était plus possible de faire des demandes d’emprunt de livre à d’autres utilisateurs », nous explique Laura Mauerhofer, chargée de communication de l’investisseur technique de startups Yaal. Dès le 16 mars, quelques heures avant le confinement, l'application avait diffusé un message incitant à reporter les prêts et à limiter les interactions sociales. De la même manière, un certain nombre de municipalités avaient fermé les boîtes à livres, autre canal d'échange.

Boite livres coronavirus


« Malgré cela, nous avons observé une forte fréquentation sur Livres de Proches. Le prêt de livres ayant été suspendu, l’utilisation de Livres de Proches s’est orientée vers les fonctions d’inventaire que permet notre outil. » En somme, un phénomène de rangement et de classement propre aux bibliophiles : on a rangé sa bibliothèque pendant le confinement. Pour le seul mois d’avril, 28.000 livres ont été enregistrés par les utilisateurs de l'application Livres de Proches. Des groupes de lecture se sont aussi créés, via les fonctionnalités de l'application.

Depuis le 11 mai, les prêts via l'application ont été réactivés : « Nous avons indiqué à nos utilisateurs que le prêt des livres devait impérativement se faire dans le respect des gestes barrière. Nous leur faisons confiance quant à l’application de ces mesures de protection de chacun », précise Laura Mauerhofer. Structure portée et développée par Yaal, investisseur technique de startups basé à Bordeaux, Livres de Proches est une application gratuite, mais disposant d'un volet payant pour les professionnels (espaces de coworking, entreprises ou écoles, par exemple). Pour le moment, la crise entrainée par la Covid « n'a pas eu d'impact direct visible à ce jour sur notre modèle économique ».
 

Le rare et l'ancien, moins sonnés


Dans un secteur proche de la librairie d'occasion, celui des libraires spécialisées dans les ouvrages rares et anciens, la situation est plus contrastée. « Nous avons du fermer les activités de commerce sur rue, mais nous n'avons pas totalement arrêté de travailler : beaucoup de libraires de livres anciens et d'occasion travaillent de chez eux, et sont habitués à faire des catalogues, à vendre par correspondance », indique Hervé Valentin, président du SLAM, le Syndicat de la librairie ancienne et moderne. Dans sa propre librairie, Walden, à Orléans, il a même vu le nombre de commandes augmenter sur le trimestre passé.

« Nous avons observé un phénomène un peu contradictoire, confirmé par nos partenaires : certains bibliophiles se sont éloignés de leur bibliothèque pendant la période, d'autres en ont au contraire profité pour s'en occuper, en restant très présents », nous indique Pascal Chartier, gérant de la société Livre Rare Book, qui propose des outils de vente en ligne à la profession.

Ce mouvement, qui s'observe d'habitude pendant les vacances, pourrait laisser croire à une situation étale, mais la crise sanitaire n'est pas venue aider des commerces déjà très fragiles. « De base, de nombreuses librairies étaient dans des situations difficiles, et continuent de l'être. Certains libraires n'ont pas réussi à profiter de la situation et le bilan n'est pas facile. Aujourd'hui, pour s'en sortir et rattraper, il faudrait travailler 24 heures sur 24. »

Le marché des livres rares et anciens a été et sera plus particulièrement concerné par les restrictions de déplacement : « Le simple fait de chiner s'est quand même arrêté pendant des semaines, or certains libraires font tous les salons, les marchés, et parfois à l'international, ce qui risque de ne pas reprendre de si tôt », explique Pascal Chartier.

Pour limiter la casse, le SLAM a organisé un Salon international du livre rare et de l'autographe en ligne, pour compenser le report en septembre de l'événement annuel, au Grand Palais, où « certains libraires font parfois 10, 20 voire 30 % de leur chiffre d'affaires », selon Hervé Valentin. 20.000 visiteurs uniques ont participé à ce salon en ligne, qui a enregistré 80.000 téléchargements de catalogues, déposés par les 160 exposants participants.

Salon des livres rares et des objets d'art


Cet événement en ligne aura prouvé l'utilité du numérique dans le maintien et l'approfondissement de l'activité des libraires spécialisés, avec des ventes atteignant jusqu'à 30 ou 40 % du catalogue pour certains. Après cette réussite, le SLAM organise tout de même le report de son salon, du 17 au 20 septembre 2020, au Grand Palais, et a entamé des discussions avec le ministère de la Culture pour obtenir un soutien financier. « À titre organisationnel, c'est très difficile pour le SLAM, car nous avons dû payer deux fois certaines choses, en raison de l'annulation de l'événement initial », témoigne le président du syndicat.
 

La librairie d'occasion, isolée et fragile


Selon Pascal Chartier, les libraires d'occasion travaillant avec des livres à bas prix, où il est nécessaire de « faire du volume », sortent particulièrement affaiblis du confinement, sans compter la crise sanitaire et économique qui s'annonce. Pour les libraires de livres rares et anciens, où les prix s'envolent parfois très haut, il sera peut-être plus simple de compenser l'arrêt de l'activité, en palliant avec les échanges à distance, déjà développés.

Pendant la phase de confinement, le numérique est devenu le seul moyen de s'acheter des livres : logiquement, les libraires qui pratiquent la vente en ligne ont pu maintenir un semblant d'activité, mais les plateformes en ligne ont tiré leur épingle du jeu. « L'expertise et la reconnaissance d'une librairie jouent à plein dans ce type de situation, tout comme la fidélité », note Hervé Valentin. « Le marché de l'occasion à bas prix ne facilite pas cet effet de fidélité : le lecteur va plutôt chercher l'exemplaire le moins cher, ou le meilleur rapport qualité-prix, plutôt que l'enseigne. »

IMG_2598/Paris City/Bouquinistes sur les quais de Seine


La grande crainte porte donc sur les librairies d'occasion indépendantes, qui auraient à pâtir d'une habitude d'achat en ligne prise pendant le confinement, et désormais ancrée au sein d'une plus grande partie de la population. « La situation est devenue extrêmement difficile pour les libraires qui ont des employés, avec des indépendants qui sont confrontés au paiement des charges et ont déclenché les aides de l'URSSAF », analyse le président du SLAM. Exactement la situation de Sylviane Lamerant, à Memoranda.

Si la vente en ligne a pu représenter pour certains libraires d'occasion un moyen de faire leur travail, ces derniers font face à une difficulté supplémentaire, qu'Amazon et consorts évitent sans peine : les tarifs postaux. Demande récurrente du secteur du livre, une adaptation des tarifs postaux aux envois de livres — pour l'instant facturés au tarif Colissimo dès 3 cms d'épaisseur — apparait indispensable pour préserver la librairie d'occasion. « Bien souvent, les frais d'expédition peuvent dépasser le prix d'un livre d'occasion, ce qui dissuade l'acheteur et le vendeur. C'est une difficulté par rapport à des mastodontes comme Amazon », reconnait Hervé Valentin.

La situation de la librairie d'occasion reste d'autant plus difficile que le lobby du secteur n'est pas du tout affirmé, et que la librairie de livres neufs a tendance à focaliser l'attention. « Il n'existe pas de fédération de libraires d'occasion, on ne les entend pratiquement jamais », déplore Hervé Valentin : le SLAM, lui, compte 230 membres, mais essentiellement des libraires spécialisés dans les livres rares et anciens. Preuve de cette absence de représentation, le Syndicat de la Librairie française, qui évoque parfois la vente de livres d'occasion, n'a pas répondu à notre demande de commentaires pour cet article.

Absence de législation protectrice comme le prix unique du livre, faible représentation, marges faibles et loyers élevés, forte concurrence des plateformes aux moyens importants comme Momox, Amazon ou RecycLivre, et arrêt de l'activité due au coronavirus : la librairie d'occasion semble plus que jamais menacée.


Photographies : livres d'occasion à la librairie Boulinier, Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
livre d'occasion chez Gibert (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
une boite à livres fermée pour cause de Covid à Orléans (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
le Salon du Livre rare et de l'Autographe au Grand Palais (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
des bouquinistes sur le quai de Seine (dany13, CC BY 2.0)



Commentaires
Les auteurs ne touchent pas un centime sur les exemplaires de leurs ouvrages vendus d'occasion. Pourtant, qu'un exemplaire soit neuf ou d'occasion, le lecteur lit le même livre. Un livre n'est pas une marchandise comme une autre.

Un pourcentage sur une vente d'occasion devrait légitimement revenir à son auteur. Le droit d'auteur reste à inventer.

f*
Je ne suis pas d'accord (en tant qu'écrivain). Un livre d'occasion a déjà rapporté à l'auteur (et le vrai combat est là : le livre neuf DOIT rapporter à son auteur...).

Un livre ensuite doit vivre... C'est comme tous les achats : vous en êtes propriétaires, vous le prêtez, le donnez ou le vendez. Plus votre lire circulera, et plus votre lectorat augmentera et un jour vos ventes de livres NEUFS... donc vos bénéfices.

Vouloir tout taxer est une vision éminemment socialiste, qui ne fait que créer des marchés noirs (donc parallèles) et du piratage à haute dose dus à un sentiment d'injustice (réelle !) : on est propriétaire de son bien après un achat (sauf en France où l'on paye des taxes sur des taxes après avoir gagné de l'argent ! puis des impôts et enfin plein d'autres taxes et nouveaux impôts !).

Le cas des bibliothèques est différent, puisqu'il s'agit d'une économie basée sur de la location (même à très bas prix). Il est donc juste que l'auteur touche sa part (d'ailleurs, un combat serait qu'on ait une vision globale des achats par bibliothèques de nos ouvrages, un décompte annuel a minima sur l'année en cours : recevoir un papier avec juste un chiffre (souvent ridicule et invérifiable) 3 ans après n'est pas légal à mon avis (et s'il est légal d'une tartuferie sans nom).
Bonjour Toto l’écrivain,



1 / Le livre n'est pas seulement un bien matériel. Il y a le support (matériel) et son contenu (immatériel). Immatériel puisqu'une production de l’esprit : vous pouvez lire Les Misérables dans diverses éditions, divers formats (l'objet) mais ce livre reste la même œuvre (le contenu).

L'objet livre a été vendu une fois à une personne ou à une bibliothèque. Mais il peut être lu plusieurs fois. L'auteur n'est pas rémunéré en fonction du nombre de ses lecteurs mais uniquement en fonction du nombre d'exemplaires vendus. Lorsque vous allez au théâtre ou au cinéma, chacun loue sa place et personne ne trouve à redire. C’est normal au sens de la norme. Mais pour un livre, la rémunération n'est jamais proportionnelle au nombre de lecteurs. Le livre a été vendu une fois mais est revendu une seconde fois. Deux marchands ont tiré leur bénéfice d'une œuvre mais l'auteur, lui, n'a pas de droit de suite sur ce dont il est pourtant plus propriétaire qu’eux. Le livre pourra être revendu plusieurs fois, ce qui fera plus de lecteurs mais pour l’auteur, aucun bénéfice supplémentaire. Si l’œuvre est de plus en plus lue gratuitement, elle se fait peut-être mieux connaître mais le bénéfice financier qu’en tire son auteur est nul. En revanche, pour les vendeurs et revendeurs, c’est rentable. Est-ce la votre vision du socialisme ? La culture gratuite pour tous, rentable pour les marchands et la paupérisation des auteurs ?



2 / Le droit d'auteur n'est pas une taxe. La TVA sur le droit d'auteur, oui. Et d’ailleurs, c’est une absurdité. Que l’éditeur reverse une TVA se justifie, mais que l’auteur soit redevable de cette taxe, qui plus est sur son avance, ça ne tient pas debout. La TVA sur le droit d’auteur est une invention de technocrates qui confondent les œuvres littéraires et audiovisuelles avec des objets d’art vendus par des antiquaires.

Le droit d’auteur est un droit de propriété. Le commerce du livre a été construit de manière libérale plutôt que socialiste. Que je sache, Beaumarchais puis les romantiques étaient des libéraux et nous héritons de leur vision du droit de la propriété intellectuelle. Nous restons d’indécrottables romantiques. Il n’y a donc rien de socialiste à ce au’n auteur réclame un nouveau droit de propriété sur son œuvre.



Sincèrement,

f*
Vous confondez deux choses : la rémunération et le droit d'auteur.

La rémunération dépend de deux choses : se faire payer le travail amont qui consiste à réaliser une œuvre. Aujourd'hui, c'est peau de balle ! Ensuite, se faire payer à chaque exemplaire vendu. Aujourd'hui, les pourcentages sont misérabilistes. Donc l'auteur est doublement lésé.

Ensuite, le droit d'auteur. En échange d'être (misérablement) payé à la vente, l'auteur signe un contrat du diable, c'est-à-dire que peu ou prou, il vend tout ses droits pendant des siècles (j'exagère, mais c'est le principe) en échange d'une somme misérabiliste. Là encore, il y aurait bien des choses à dire, et des progrès à faire : ce n'est même pas du Moyen Âge : sans doute de la Haute Préhistoire !

Vous ne pouvez comparer ensuite le visionnage d'une œuvre cinématographique avec la lecture d'un livre. Pour le cinéma, vous ne payez pas tant la « place » de cinéma que le complexe et les gens pour le faire tourner : ça coûte bonbon ! Un livre, vous le lisez chez vous, comme un DVD d'ailleurs : le visionnage ne coûte plus rien ! Quand vous revendez une affaire d'occasion, c'est du même ordre...

Qu'un marché existe de l'occasion, c'est une chose SAINE. Ça montre surtout une chose : que le prix du neuf est exorbitant. Tout le monde n'a pas les moyens de payer 20 € pour livre neuf, surtout quand on n'est même pas sûr de sa qualité (étant donné qu'aujourd'hui, en plus, la qualité n'est pas ce que recherche les éditeurs !).

Encore une fois, personne n'est lésé quand un livre est revendu, pas plus qu'un slip, une voiture ou un DVD. Vouloir s’immiscer dans ces affaires, c'est vouloir mettre en place une taxe sur une taxe : je sais bien que l'État le fait déjà : il n'est nullement nécessaire de l'imiter sur ce point !

Vous vous trompez de combat : dépendez votre énergie contre ceux qui vous arnaquent vraiment : pas contre les lecteurs. Ils sont vos alliés, pas vos ennemis !
Cher Toto,

je ne confonds rien. Le droit d'auteur est aussi une rémunération. En revanche, vous confondez propriété matérielle avec propriété immatérielle. Vous confondez le support avec l'œuvre. Que vous lisiez un roman paru récemment avec un exemplaire neuf ou d'occasion, vous lisez le même roman. Si l'auteur ne touche pas de droit sur la deuxième vente, pourquoi quelqu'un d'autre aurait le droit d'en tirer seul un bénéfice ? Un livre qui n'est pas vendu neuf devrait être gratuit

Seul le support est une marchandise. L'œuvre est une production de l'esprit qui peut-être reproduite à l'infini et dans de multiples formats. La forme change mais pas le fond. Le droit d'auteur, c'est le fond. Le lecteur n'achète jamais qu'une copie d'un original, et c'est cet original qui ouvre le droit à rémunération. En revanche, l'éditeur et l'imprimeur, eux, fabriquent et distribuent le support, c'est la forme. Et que l'éditeur puisse percevoir un bénéfice sur un ouvrage d'occasion, ce ne serait pas logique.

Le droit d'auteur est encore à construire. Il n'est pas seulement moral, il est aussi financier.

Il y a quelques années, des personnes trouvaient absurdes que les auteurs puissent prétendre à percevoir des droits sur les prêts en bibliothèques et sur les photocopies. C'est maintenant admis et percevoir un droit d'auteur sur le bénéfice qu'engendre une revente d'un exemplaire ne serait pas plus absurde.

Je ne me trompe pas de combat. La rémunération des auteurs sur l'occasion fait partie d'un ensemble de conditions à revoir.

Sincèrement,

f*
Merci pour votre clarification, cher Parme !

En effet l’œuvre est une propriété immatérielle, on dit même : une « propriété incorporelle », comme si l’auteur s’était ajouté un bras ou une jambe immatérielle en écrivant… C’est pourquoi, selon le droit moral reconnu par la loi (le CPI), il ne peut la céder (en ce point le droit d’auteur s’oppose au copyright anglo-saxon), l’auteur peut contrôler son exploitation et s’opposer à tout ce qui dénature l’œuvre (comme le titre, de la pub, la couverture, des coupures dans le texte comme a tenté Google, etc.). Son autorité morale est si pleine et entière qu’il n’a pas besoin de justifier sa décision. Il ne cède que L’EXPLOITATION de son œuvre, pas son œuvre, charge aux entrepreneurs exploiteurs de lui verser une rémunération – revendeur compris.

Sincerly
Cher f*Parme



Votre argumentaire a porté. Je vais sans doute réviser un peu mon opinion sur le sujet. Merci d'avoir pris le temps d'argumenter

En revanche, je pense qu'il faut bien différentier le professionnel de l'amateur. Un amateur doit pouvoir vendre de l'occasion, tout, y compris ses livres, sans taxe ni impôts. Un professionnel qui vivrait de la vente de livres devrait sans doute verser, au moins symboliquement, une part de ses revenus. Ça risque d'être une machine à gaz à mettre en œuvre malheureusement !
Sauf que si un livre se retrouve sur le marché de l'occasion c'est qu'il a été vendu à un premier lecteur et que les droits d'auteurs ont déjà été payés. Frederic Douin, libraire et éditeur www.editions-douin.com & www.livres-anciens.fr
Le droit d'auteur correspond à la vente de l'ouvrage à une personne privée et son entourage. C'est pourquoi les auteurs touchent une redevance des bibliothèques pour la lecture de leurs œuvres (qui diminue d'autant les ventes). Ils devraient donc toucher des droits pour la vente d'occasion.
Et les auteurs devraient aussi toucher des droits sur les exemplaires soldés.

f*
J'ai réédité la première version illustrée de Notre Dame de Paris publiée en 1844 et illustrée par 12 artistes différents. Donc il faudrait que je paie des droits aux descendants de Victor Hugo et à ceux des 10 artistes. La vie d'une libraire est déjà compliquée mais on peut faire encore mieux en lui demandant de payer des droits sur tout ce qu'il vend ! Vous n'avez pas une meilleure idée ? Allez passez voir la démo en video wink https://fdouin-editions.com/acatalog/Premiere-reedition-de-Notre-dame-de-paris.html#SID=16
Victor Hugo a joué un rôle important dans la défense et l'évolution du droit d'auteur (SGDL de son époque, droit moral…).

Lui et ces illustrateurs sont dans le domaine public depuis un petit bout de temps déjà. Libre à vous de les rééditer sans verser un centime à leurs ayants droits qui sont tours morts il y a un petit bout de temps déjà aussi. La réédition n'est pas de l'occasion. Je vous parle d'ouvrages d'occasion d'auteurs vivants ou morts il y a moins de soixante-dix ans.

"La vie d'une libraire est déjà compliquée"… je n'en doute pas mais la vie de la majorité des auteurs vivants ne l'est pas moins.

f*
Petite précision : ce ne sont pas les bibliothèques qui payent la redevance aux auteurs mais les librairies qui leur vendent les livres. Ça ne change pas le fond de votre propos mais ça change la donne pour les librairies 😉
Sauf que s'il est revendu à un autre lecteur, il ne lui est pas donné gratuitement. Il serait donc légitime qu'une part du bénéfice de l'ouvrage soit reversé à l'auteur.

f*
Merci pour cet excellent article ! Un topo très complet sur un sujet peu médiatisé. Chapeau !
Aussi longtemps que les gens ne sauront rien faire sans dire "ok gogol" (Google pour les puristes), le livre neuf ou d'occasion a peu de chance de panser ses plaies ..
En complément de mon billet d'humeur précédent, à propos des "gogoliens" voici les références du podcast fort intéressant du magazine "Le point" :



Dis Siri...» «OK Google...» Les assistants vocaux sont parmi nous. Mais qui les fait parler ? Romain Gonzalez est parti à la rencontre de Zoé, UX voice designer pour le dernier épisode de son podcast Mon métier (d'auteur, d'écrivain...note personnelle) n'existe pas".
Avant de vendre la peau de l ours

Il est déjà urgent de tous travailler

À sauver le livre

Pour la répartition voir après
"Tous" cela n'existe pas, c'est tout et rien. Sauf chez les bisounours.
Pour nous sauver, il faut commencer par au moins passer sur les sites pour découvrir. Il y a tant de livres qui méritent mieux que l'oubli !

www.livres-anciens.fr et www.editions-douin.com

Je suis surement le seul au monde à rééditer des livres comme :

- Coquelet. Eloge de rien dédié à personne précédé d'une introduction superflue avec préface, postface et paulopostface non moins inutiles. 6eme édition, enrichie de quelques rien et diminuée de beaucoup d'autres. Réédition de l'édition Renard de 1861.

- Albert Robida. La vie electrique (1890)

- 1897. Les socialistes au pouvoir d'Hippolyte Verly

- Londres. Illustrations de Gustave Doré

- Les fleurs du mal. Illustrations de Rochegrosse - 1917

- Histoire pittoresque dramatique et caricaturale de la Sainte Russie par Gustave Doré

- Albert ROBIDA - Louis Vossion - 3 femmes pour un époux

Et plus d'une centaine d'autres.

su www.editions-douin.com
J'assiste d'assez loin au déroulé de cette suite (pour lecteurs, auteurs, libraires, éditeurs, cornemuse et harmonica) et souhaite vous féliciter, Livres-anciens.fr, pour vos commentaires sensés et originaux.

De plus, votre dernière liste d'ouvrages réédités m'a fait rêver. J'aimerais pouvoir vous rendre visite la prochaine fois que je me rendrai en Europe. Etes-vous à Paris?



Prenez soin de vous.

Cordialement.
Bonsoir Jujube, merci pour votre commentaire qui m'encourage à continuer malgré les difficultés. Pas facile de simplement vivre de cette passion. Je suis dans les yvelines mais une partie de mon stock est chez mon distributeur qui a un bureau sur Paris 5e. On pourrait donc s'y rencontrer que je vous montre mes rééditions. En regardant su mon site editions douin je mets des videos. Cela donne déjà une bonne idée. Et si je pouvais travailler 15h par jours au lieu de 12, j'en aurais encore des centaines à faire. Il suffit d'acheter quelques bibliothèques anciennes et vous tomber toujours sur des livres insolites ou bien illustrés. Bien à vous. Frédéric Douin
Merci pour votre si gentille réponse, cher Monsieur Frédéric Doin. Je vais essayer de joindre et consulter votre site. A peine se rouvrent les frontières et s'amadouent les vols internationaux, je traverse l'Atlantique et tente d'atterrir à Paris, dans le cinquième, en plein milieu de votre "partie de stock" où somnolent ces petites merveilles, insolites et rares, dont vous parliez plus haut.



Racheter des bibliothèques anciennes, y découvrir des pépites, ressusciter ses préférées, les partager ensuite tient de l'archéologie, la passion des vieux trucs, la poésie, la loufoquerie et pas mal de courage. Je parie même que vous vendiez à regret certains ouvrages...avant l'outrage du coronavirus.



J'ai de l'admiration pour votre travail, votre lutte quotidienne et une grande sympathie pour la personne passionnée qui se bat contre la mort du livre et ses auteurs.

Tenez bon, continuez si vous aimez ça, si c'est le rêve de votre vie. Ne vous stressez pas, malgré le monde tordu d'aujourd'hui, la maladie qui fait rage et les ventes dérisoires. Demain est un autre jour...et vous restez le même, avec ces qualités qui vous feront survivre, malgré tout.



Je suis très honoré et ravi d'avoir pu - par mon message précédent - vous apporter un peu de chaleur humaine pour, peut-être, "(r) allumer le feu" (comme chantait si bien Johnny) de votre enthousiasme et persévérance.



Je vous souhaite le meilleur.

Prenez grand soin de vous.

Et foncez, coûte que coûte.



La vie est courte, qu'elle soit belle!



Quel joli nom, n'est-ce pas, les Yvelines...



Cordialement,

Jujube
Bonjour Jujube, moi c'est frédéric et mon email est fred.douin arobas gmail.com

Vous ne pouvez imaginer comment votre dernier message fait du bien. Ma dernière IRM cérébrale n'est pas aussi bonne qu'espérer et je saurais demain si je dois redémarrer une séquence de 18 mois de chimio. Alors j'avoue que le moral était un peu en baisse complémentaire, alors qu'avec ces 3 derniers mois, il était déjà particulièrement peu élevé. Mais ca va aller !

Comme il est possible d'envoyer un livre à l'autre bout du monde pour moins cher que de l'expédier à 20 km de chez moi (l'incohérence de l'administration Française), pourriez vous choisir un livre sur mon site www.editions-douin.com ? Je vous l'offre et vous l'envoie en livres & brochure, le mode d'expédition préféré des bouquinistes et libraires en livres anciens. N'hésitez pas à m'écrire directement pour me communiquer votre adresse postale. Ps : je cherches toujours qq bénévoles (que je paie en livres eufs ou anciens) pour relire et corriger l'ocr des textes anciens que je numérise pour réédition wink Bien à vous. Frédéric
Dans de très nombreux territoires, nous sauvons purement et simplement de la poubelle, de très nombreux livres, poubelle qui, il me semble, ne paie pas de droits d'auteur.
Bonjour Julien,



mais les librairies d'occasion ne sont pas des poubelles. La matière première d'un livre n'est ni l'encre, ni le papier mais la production intellectuelle de son auteur. La preuve, la version numérique d'un livre n'utilise pas l'imprimerie et pourtant, c'est le même texte à lire.

Vous récupérez des livres dans des poubelles comme des chiffoniers ou des ferrailleurs pour les revendre, pas pour les offrir. Vous tirez bénéfice de ce recyclage. Mais l'œuvre qui est contenue dans cet objet recyclé demeure identique.

Le recyclage, la location d'ouvrages, peuvent être des solutions futures pour la diffusion des livres. Le futur du livre n'est pas nécessairement lié au capitalisme el qu'il est pratiqué aujourd'hui. On pourrait imaginer produire moins d'exemplaires et encourager la location et l'occasion pour éviter de gaspiller des matières premières matérielles (papier, encre, datas) tout en respectant le droit d'auteur.

Je n'ai rien contre les poubelles. On pourrait même imaginer des containers pour recycler des livres. Les gens y déposeraient les ouvrages dont ils ne veulent plus. Ces ouvrages seraient ensuite triés et référencés avant d'être mis sur le marché d'occasion.

Sincèrement,

f*
Nous tirons bénéfice non pas des livres mais d'un travail. Cela s'appelle un travail. Je pense qu'avant d'avoir ce genre de discours, il va vous falloir vous confronter à notre réalité. Le livre ne nous tombe pas tout crû dans les mains. Bref. Vous êtes très très loin de la réalité du monde du livre d'occasion, vous n'en avez pas saisi la substance, ne percevant dans le livre que la valeur économique. Nous sauvons simplement des auteurs, nous les mettons en avant. Nos bouquineries sont des pièces d'art, tenues, conçues, choisies. Nous ne vendons des pièces que tirées d'un ensemble. La masse de livres qui aujourd'hui sort est absolument critique. Elle noierait les grains sous l'ivraie. Nous mettons la main dans la merde, oui, et nous en sommes fier. Nous faisons des propositions. Et nous sommes payés pour cela. Et nous sommes mal payés. Notre fonctionnement, du moins pour les petits bouquinistes, n'a rien avoir avec le système capitaliste, rien. De plus, nous sommes loin de Blanchot avec vos idées. Je crois que les auteurs en réalité sont irresponsables de ce qu'ils écrivent, et que la propriété intellectuelle une vaste fumisterie qui a tout simplement tué la valeur artistique d'un livre pour en placer son contenu dans la simple valeur économique. Sur ce, allez chez le bouquiniste et demandez lui s'il s'enrichit en ce moment. Et par la même occasion, demandez lui comment il travaille.
Vous avez raison sur un seul point : je suis loin des idées de Maurice Blanchot.

f*
Bonjour Paul Julien,



J'ai beaucoup apprécié votre texte de défense d'idées et de droits. Il provient d'une personne qui refuse net d'accepter l'identité que d'autres lui inventent et, impudemment, lui refilent. Les théoriciens font trop souvent fausse route, ignorent le goût et la pratique de l'empathie, se gargarisent en vain avec de soit disant mots-clés (tout mous d'être remâchés par les adeptes) sans savoir si ces clés conviennent aux portes idoines ou celles qui s'ouvrent sur le vide.



Ce n'est pas facile de se mettre à la place de l'autre quand on ne partage pas ses idées. Ou l'on crache sur elles et dénigre qui les produit. Ou l'on s'essaie à la conversion ou la séduction du producteur. C'est fou, cette passion pour "c'est moi qui ai raison".



Malheureusement, le capitalisme sauvage domine toujours le monde mais n'est toujours pas génétique, que je sache.
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