Traduire sans trahir : l'agence littéraire Dickens Hillier exporte le français

Victor De Sepausy - 14.08.2020

Edition - Economie - agence littéraire traduction - auteur traduction livre - vente droits étrangers


Que les éditeurs étrangers s’emballent pour les droits d’un best-seller, l’affaire se répète régulièrement. Exporter la création française n’a pourtant rien d’un parcours de santé : aujourd’hui, les Américains monopolisent l’espace en librairie, partout dans le monde. L’agence Dickens Hillier s’est structurée pour apporter quelques nuances.


 

En mai dernier, Hannah Dickens-Doyle et Justin Hillier fondent ainsi leur propre agence littéraire. Objectif, « augmenter sensiblement le nombre d’auteurs non anglophones présents sur les tables des librairies partout dans le monde, en levant notamment les obstacles linguistiques ». Louable. Et bien entendu pas si simple. 

Tous deux cumulent plus de trente années dans le domaine de la traduction — littérature, art, cinéma ou projets commerciaux. Et une observation : la nécessité de (faire) gagner du temps aux agents. Pour ce faire, le passage par l’anglais dans la présentation de son ouvrage est devenu incontournable.

En réalité, « s’il est traduit en anglais, ce dossier augmente ses chances d’être repéré et étudié », expliquent-ils. Ainsi, l’agent qui présente l’ouvrage aux éditeurs — un courrier, un synopsis, trois chapitres — a de meilleurs arguments. 

Mais encore faut-il rester « fidèle à la langue singulière de l’auteur ». Ce tandem décide alors de s’embarquer dans l’aventure, conscient que l’édition est devenue très concurrentielle.
 

L'exportation passe par Shakespeare


« Moi-même romancière, je ressens de la frustration à l’idée de tous ces récits formidables, partout dans le monde, qui restent difficiles d’accès. Certes, des romans d’origines culturelles diverses gagnent en visibilité, mais cela reste une minorité », souligne Hannah Dickens-Doyle. L’agence œuvrerait donc à une évolution positive du marché littéraire.

Justin Hillier pointe également qu’un ouvrage peut être « plus adapté à un public anglophone qu’au lectorat de son pays d’origine ». Or, sans un dossier en anglais, ce dernier n’aura que peu de chances de passer les barrières. Et surtout, dépasser le cap des 3 %, chiffre terrifiant : il représenterait le nombre de livres traduits en anglais. 

L’agence envisage clairement de mieux faire.

En 2017, indiquait le Syndicat national de l’édition, 13.500 titres avaient été cédés à des éditeurs étrangers, toutes langues confondues — en hausse de 1,6 % pour 2018. La vente de droit est littéralement la manne et la flamme à entretenir : « Cette activité représente entre 4 et 6 % du chiffre d’affaires des maisons d’édition [… et] peut atteindre jusqu’à 30 % du chiffre d’affaires total de la maison ou du département éditorial concerné », précise d’ailleurs le SNE. 

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont acheté respectivement 390 et 332 titres en 2018. Contre 549 pour la Russie. Mais la Chine reste aujourd’hui encore le très grand acheteur, avec 2285 titres traduits du français en 2018.


illustration smilingpixell CC 0


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