Pandémie et confinement : un risque d'effondrement pour l'édition

Clément Solym - 27.03.2020

Edition - Economie - pandémie coronavirus édition - effondrement économie livre - région France culture


L’impact du coronavirus sur la planète, le commerce, les activités humaines reste inquantifiable. Secteur par secteur, les professionnels commencent cependant à analyser les répercussions de la maladie, et les méthodes employées pour lutter. L’association des éditeurs Hauts-de-France compte 55 maisons membres. Et dévoile un premier bilan.


mohamed hassan CC 0

 
« Sans un accompagnement fort à très court terme, c’est tout un pan de l’industrie culturelle en région qui pourrait bien s’effondrer, comme le montrent les chiffres parfois alarmants communiqués par les éditeurs », indique l’étude réalisée entre le 16 et le 24 mars, dont ActuaLitté a pu consulter les données. 

Elles sont 44 structures éditoriales à avoir répondu, pour projeter cette photographie globale. Les perspectives sur 3 mois, entre le 1er et le 31 mai, font état de pertes significatives. En effet, les 3/4 des éditeurs font de l’édition leur principale activité (+ de 50 % du chiffre d’affaires).

D’autre part, sur les 44 structures, 18 éditeurs gèrent seuls leur maison d’édition ou le font en tant que travailleurs indépendants et n’ont ainsi aucune protection sociale pour faire face à l’anéantissement de leur activité.
 

Une économie qui vole en éclat


En premier lieu, l’impact sera celui de la vente de livres en points classiques (librairies, enseignes, etc.), pour 38 éditeurs. Le deuxième touchera la présence lors de manifestations, estiment 35 d’entre eux. Et pour le triste top 3, ce sont les animations et dédicaces annulées qui interviennent, soulignent 34 éditeurs.

Pour la suite, on redoute évidemment l’annulation, sinon une forte baisse, des commandes, mais également le report des parutions et les problèmes de livraison. Autant de projets et d’implications directement frappées.

Au global, ces indépendants estiment les pertes à 820.000 €. Pour mémoire, 18 éditeurs sur 64 ont un CA édition inférieur à 10 000 € dont 15 inférieur à 5 000 €. La somme est donc colossale, prise dans son contexte. 



 
Les structures de diffusion-distribution ont annoncé que le placement de livres pour mars et avril serait annulé (ou reporté), et que les ouvrages de mai pourront, selon les possibilités et la pertinence, être décalés à juin. Mais les éditeurs déplorent une absence de vision : il existe une saisonnalité des parutions, et l’on ne met pas en librairies les mêmes ouvrages en avril et en juin. 

« Certains livres, pourtant prévus au planning de l’éditeur depuis 1 an, pourraient donc être annulés, et toutes les sommes engagées par l’éditeur perdues. Nul doute que cette situation pèsera sur la trésorerie des éditeurs diffusés », relève l’association. 

Quatre points de fragilité majeurs sont exposés : 

• Les éditeurs qui n’ont aucun moyen alternatif de diffusion que le circuit habituel (librairies ou ventes directes en salons du livre, animations...) (27 éditeurs).
• Les éditeurs ayant recours à un diffuseur — distributeur (13 éditeurs)
• Les éditeurs auto-diffusés avec un réseau de diffusion orienté principalement vers la vente directe en salon du livre (12 éditeurs).
• Les éditeurs qui ont un site web marchand ou la possibilité de vendre des livres sur Internet alors que cette alternative se révèle impuissante dans la situation présente (12 éditeurs).


En marge, un éditeur témoigne : 

« Il n’y a plus de ventes de livres depuis plusieurs semaines. La population est en proie aux peurs, aux angoisses, aux paniques. Elle est préoccupée par les urgences alimentaires et sanitaires. L’ambiance n’est évidemment pas à la consommation de biens culturels.

L’État a ordonné les fermetures des librairies. Plus de séances de dédicaces, ni de rencontres littéraires. Plus de rassemblements, donc plus aucun salon du livre. La plupart des bureaux de Poste sont fermés. Les sites de vente en ligne fonctionnent au ralenti, voire pas du tout. Difficile de vivre pire situation !

En conséquence, l’argent ne rentre plus. Je n’ai plus de revenu. Je ne travaille plus. Les éditeurs indépendants sont en danger de mort. C’est une simple question de temps ! Les dépôts de bilan et faillites s’annoncent nombreux autour de nous, s’il n’y a pas enfin une aide efficace de l’État, tout comme une de celles déjà adressées aux salariés (chômage partiel, primes, sécurité sociale... étatisation d’entreprise). 

La seule aide présentée par l’État aux indépendants, et ils sont nombreux dans le pays payant leurs cotisations sociales et fiscales, c’est 1 500 euros versés, si le CA chute de 70 %... Pour le paiement de l’enterrement ! Cette aide fait mal. D’abord parce que dans les conditions, on demande de faire un comparatif entre mars 2019 et mars 2020 (chacun comprendra l’in — cohérence), et aussi parce qu’avec cette chute, la relance sera impossible. Il sera déjà trop tard pour se redresser. 

Sur un plan privé, il faut bien continuer à se nourrir, répondre aux dépenses de la vie familiale courante.

Les éditeurs se sont battus pour leur activité. Ils militent pour la transmission de la pensée, la valorisation de la culture et des acteurs, à travers le livre et les participations aux événements partout sur le territoire. Ils se battent ici face à l’immensité d’un choc économique et financier inédit !

Quelle proposition ? Un plan d’urgence pour les éditeurs. » 


Commentaires
Editrice de poésie dans la région des Pays de la Loire le constat est le même pour nous, sachant en plus qu'un des rares moments où la poésie est un peu présente est le mois de mars, pour le fameux "Printemps des poètes". Comment continuer, tenir, est devenu notre maître mot, pur l'instant, la maison d'éditions hiberne (mais j'ai payé l'imprimeur donc une bonne chose de faite) et attends des jours meilleurs.
Vous avez raison monsieur Maike Donati, il faut un élan commun à l'humanité. Les crises ne devraient pas nous dissocier des autres. Un français atteint c'est un algérien qui est atteint, un italien qui l'est un à nigerian. Voilà c'est chaque citoyen du monde. Bien dit j'adhère
Ce premier bilan est malheureusement exact, précis, et d'une froide réalité. En l'absence totale de la durée de cette crise et des modalités de redémarrage éventuel (on devine par exemple que les manifestations littéraires avec forte concentration de visiteurs ne vont pas avoir lieu immédiatement après la fin du confinement), il s'alourdira encore.

Par ailleurs, la prime de 1500€ si le chiffre d'affaire s'effondre de 70% sur le mois de mars, ne correspond pas au fonctionnement économique de beaucoup de maisons d'édition. C'est une "photo" qui n'a pas de sens parce qu'elle est réalisée sur une trop courte période. Par exemple des éditeurs peuvent entrer dans leur chiffre d'affaire de mars des livres vendus en décembre 2019 et réglés tardivement par les librairies. L'impact réel sera mesurable au moment du bilan de l'exercice 2020.

Merci pour cette enquête et votre soutien.
Editeur d'ouvrage numérique je devrais me rejouir du "gel" des libraires. Mais c'est une utopie de croire que quiconque va profiter de ce virus chinois. La Chine pretend avoir un president à vie, elle pretend avoir annexé le "Toit du monde", le Tibet. Aujourd'hui, ses faux pas nous ont mené ici: le gel de la planète. L'humanité n'as pas reussi à se transmettre ses lettres de noblesse..Nous sommes en perditions. 2019, les gilets jaune, en 2020 le Virus chinois. A nous de jouer, les hommes de lettres: posons les pierres d'un nouveau fer de lance pour l'humanité. Construisons un pont géant pour aller en Corse, mettons des sieges ejectables dans les avions bon sang! Il faut un élan commun à l'humanité. On a ce qu'il faut. cool smile
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.