Les tensions politiques vénézuéliennes se cristallisent autour d'un prix littéraire 

Gariépy Raphaël - 13.08.2020

Edition - Société - Edition Venezuela - Prix récompense - Politique International


Un groupe d’auteurs hispanophones s’est récemment opposé à la tenue du prestigieux Prix Romulo-Gallegos, au Venezuela. La récompense littéraire serait devenue un simple organe de propagande au service de Nicolás Maduro, le très contesté président vénézuélien. 
 
Trophies


Après 5 ans d’absence, le prix international Rómulo Gallegos va être de nouveau décerné en novembre prochain. Mais bien avant que le jury n’ait choisi son lauréat, la récompense littéraire fait déjà l’objet d’une polémique : un groupe d’écrivains accuse le Gallegos d’être devenu un simple outil politique en faveur du gouvernement de Nicolás Maduro.

En juin, l’écrivain vénézuélien Rodrigo Blanco Calderón, lauréat 2019 du Prix biennal du roman Mario Vargas Llosa pour son roman La Nuit, a manifesté son indignation sur Twitter en publiant la liste des candidats : « Il suffit de regarder la liste des œuvres en compétition pour voir que le Prix Rómulo Gallegos est devenu un refuge pour les partisans de la dictature chaviste. Aucun auteur vénézuélien qui se respecte ne se prête à cette farce », a-t-il ajouté. À l'aide d'un article épinglé sur son compte, il revient sur le régime antidémocratique qu'impose Maduro au pays. 
 


Pour étayer ses propos, Calderón rappelle les récentes répressions mises en œuvre par le régime notamment lors de manifestations anti-chavistes en 2014 et 2017, et revient sur « l’exode massif » des Vénézuéliens. Depuis, les désistements se sont enchaînés : Maria Perez-Talavera, une écrivaine originaire du pays, a ainsi retiré son livre Eran de madera pour ne pas devenir « l’instrument d’une plateforme littéraire politisée ».


Le prix de la dictature 


Décerné en théorie tous les deux ans, ce prix créé en 1964 est considéré comme la plus haute distinction littéraire d’Amérique latine. Mario Vargas Llosa, Gabriel García Márquez, Roberto Bolaño... Les plus grands écrivains sud-américains ont été sacrés. Mais, depuis l’élection du défunt président Hugo Chavez, l’État s'est mis à intervenir de plus en plus dans les affaires culturelles du pays, jusqu’à s’immiscer dans la formation du jury en 2005. Depuis, le prix aurait perdu de son lustre, ce que contestent ses organisateurs. 

Le Centre d’études latino-américaines Romulo-Gallegos (Celarg) qui s’occupe de la récompense dénonce une campagne de diffamation, notamment de la part du journal d’opposition vénézuélien El Universal. Une série d’articles aurait pour but de faire renoncer les écrivains à participer au concours littéraire.

Le quotidien aurait envoyé aux participants une enquête comprenant les questions suivantes : « Qui a décidé de votre participation au prix : vous ou l’éditeur ? Malheureusement, le lien politique du prix avec le régime chaviste a causé sa perte de prestige. Que pensez-vous de cela en tant que participant ? En tant qu’écrivain, que signifie ce prix ? »
 
Dans un document intitulé « Trumpisme culturel », les organisateurs mettent en garde contre une éventuelle ingérence des États-Unis dans la politique culturelle du pays. Le gouvernement américain aurait ainsi « également l’intention de détruire le précieux Prix international du roman Rómulo Gallegos, dans le cadre d’une campagne d’agression médiatique ».

Alors que le prix devait renaitre de ses cendres cette année, il se retrouve au cœur des tensions qui animent la société vénézuélienne. Et, si 200 participants sont toujours en lice, la récompense littéraire risque fort de s’effacer devant les conflits politiques qu’elle a réveillés. 

Via Infobae 

Crédit photo : Brad.K CC BY 2.0


Commentaires
C'est vrai qu'en France, les distinctions littéraires ne sont pas politiques, mais une simple entente entre éditeurs. Je te donne le Renaudot, tu me files le Goncourt...

Ha non, pas possible : on est vertueux en France. La preuve, on critique nos voisins sans vergogne.
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